top of page

Souvenirs d'Oh !

Comment comprendre ce que l'on ne sait pas ? Comment imiter sans avoir à figer ?
Comment tromper le regard stimulé et en diriger l'attention vers de nouvelles idées ?

Des impressions visuelles aux représentations mentales, Souvenirs d'Oh ! est l'écho d'une contemplation fluide. C'est d'une proposition verbale dont il est question. Ici, le verbe est action, comme le geste en mouvement qui marque et révèle les motifs cachés, ceux qui gisent dans l'es-prit de qui crée. Le verbe pensé n'est donc rien d’autre que ce geste qui trace et qui exprime une idée.

Penser le verbe en image, c'est figurer l'action en devenir (glisser, briser, rouler) où le sujet concerné évolue physiquement par le temps et l’espace. Mais ici, le mouvement est figé, à l'arrêt. Et les Souvenirs d'Oh !, tels qu'ils paraissent, souhaitent évoquer cet état qui a été, habité par le geste d'où le motif naît puis évolue et se fige, finalement, dans la trame du papier.

Ainsi les motifs, couchés sur les feuilles marouflées, deviennent le souvenir d'un regard animé par ces phénomènes visuels, évoluant dans l'environnement naturel. Dans ce contexte, une contemplation fluide est à comprendre comme un discours inti-miste et philosophique inspiré d'une observation phénoménologique : elle est le temps d'une ré-flexion poétique sur le phénomène de réfraction de la lumière qui traverse la matière liquide. Si la technique peut restituer l'image d'un souvenir, elle peut également parler du regard qui en garde la mémoire. Alors, peindre un reflet ou une ondulation, c'est évoquer l'idée d'un mouvement apparent. Ce mouvement, dans Souvenirs d'Oh !, parle de l'eau : de l'eau qui circule, qui avance et qui flue au gré des obstacles, des courants et du vent. Et comme l'esprit, l'eau est fluide quand la pensée court toujours libre, tandis qu’elle s'arrête et se consolide comme la pensée qui se cristallise, là où surgit l'idée fixe. Mais ici, dans ces contemplations, l'eau coule et avance sans jamais se rendre, ni bloquée ni figée au pied d’une quelconque idée. Dans l'atelier, l'expérimentation technique est constante et les outils du métier se font ex-tension du corps en action. Alors, dans l'atelier, je tends continûment vers une forme organique riche d'une expression sincère et d'une énergie fluide. Et, entraîné par cette nécessité, c'est vers une quête synesthésique que j'avance, désinhibé, et que je crée. Dehors, c'est à Barthes, à Bergson, à Husserl et Merleau-Ponty que je pense. J'observe et je songe au regard qu'ils portent et aux questions qui me viennent. Puis, comme Bachelard, je rêve, noyé dans le flux des pensées qui surgissent, qui se suivent, qui s'enchainent.

Souvenirs d'Oh ! est donc ça, un travail d'après-mémoire, un poème fait d'images et un récit extrait de gestes, ainsi que l'expression d'un émerveillement naïf pour ce qu’il reste de beau quand le monde s'embrase et que la solastalgie fait surface. C'est l'expression d'un étonnement qui résonne et s'échappe, comme s'échappent ces bulles d'air qui remontent et remontent et remontent puis éclatent : Oh !

Jérôme Boccia

22,48 m², 43 rue de la Commune de Paris / Komunuma, 93230 ROMAINVILLE, France, +33(0)981917217, contact(at)2248m2.com, du mercredi au samedi, 10h -18h

  • Black Facebook Icon
  • Black Instagram Icon
bottom of page