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affiche  : Chani Pouzet

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vue d'exposition

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e.x.u.v.i.e.s (détail), 2026, objets trouvés (veste, perles et zip), impressions digitales sur tissu polyester, ouate, matelassage, dimensions variables

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vue d'exposition

#92

 

Caroline Delieutraz, Victoire Marion-Monéger
e.x.u.v.i.e.s
duo show
14/02 - 11/04/2026
au Studio


 

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If I can’t go beyond it, I play.

Howardena Pindell

 

 

Les points mis entre les lettres du mot exuvies - un terme qualifiant la peau rejetée par les insectes lors de leur mue - ne sont pas sans rappeler les nombreux points de couture qui, par milliers, redoublent les lignes de force des œuvres qui composent cette exposition. Ces points sont comme les traces des gestes répétés d’un protocole imaginé et pratiqué à deux, par Caroline Delieutraz et Victoire Marion-Monéger. Arpentant les arêtes régulières de ces différentes vestes, les points de couture les matelassent, les structurent, les rendent sculptures, les font passer de la seconde à la troisième dimension, et ainsi, peut-être, des exuvies à la vie.

En partant d’un vêtement standard chiné dans une friperie, une veste matelassée violette - un vêtement qui traverse l’histoire et qui à force de circulations est devenu un archétype de la fast fashion - les artistes Caroline Delieutraz et Victoire Marion-Monéger s’associent dans cette exposition pour réaliser un travail qui traite des modes de production et de diffusion propres aux oeuvres d’art et aux vêtements. Leur méthode de création à deux, parle de la collaboration comme endroit de déplacement, et pose la question de ce qu’une rencontre fait à un travail. Un déplacement vers une série de pièces qui montre son intérieur, ses irrégularités et ses imperfections, pour Caroline Delieutraz - issue d’une pratique artistique ancrée dans l’esthétique post-internet. Un déplacement vers le vêtement comme terrain de jeu sur l’image pour Victoire Marion-Monéger dont le travail textile se déploie du côté de la performance et de la vidéo. Les notions de processus et de sérialité se sont élargies au contact l’une de l’autre, prenant ici de nouvelles formes.

La production spécifique de cette exposition, qui a pour point de départ cette veste, a débouché sur un ensemble de variations autour du matelassage - une technique assez peu conceptualisée et documentée en France - plus connue dans les pays anglo-saxons sous le nom de quilting. La grille initiale du matelassage proposée par la veste dessine un motif répété, en forme de losanges générés par des croisements de lignes. Les deux artistes ont mis en oeuvre un protocole de travail consistant à photographier cette veste et son matelassage initial, puis à associer une IA - au nom d’insecte de Firefly - qui « digère » le motif photographié. Celui-ci est retravaillé puis réimprimé et, enfin, cousu pour créer le matelassage et, ce, à plusieurs reprises. Le jeu entre les dimensions et les sens - de la 2D de la photographie à la 3D du textile, entre le plat et le bombé du matelassage, entre la ligne imprimée et la ligne cousue - permet de créer un ensemble de vestes différentes, évolutives, à la fois digérées et générées les unes par les autres, avec la présence d’une tierce joueuse et co-auteur.ice qu’est Firefly.

Ces exuvies humaines convoquent fortement le sens tactile, de par leur aspect fluffy - terme pouvant se traduire par moelleux, duveteux - et leur épaisseur de sandwich de tissus assemblés en couches. Les pendentifs de perles accrochés au bas des vestes sont un détail singulier qui attire l'œil, tout autant qu’une manière de redoubler la brillance des pièces et d’imaginer leurs bruits de cliquetis. Plusieurs sens sont donc stimulés et évoqués concomitamment dans cette série de travaux, le tactile et le visuel en premier lieu. L’idée de la veste comme enveloppe extérieure douce et molle, comme une mue qu’on quitte en évoluant et en grandissant, fonctionne par analogie avec la carapace animale - fascinante, protectrice et parfois irisée. La dimension à la fois colorimétrique et géométrique du monde biologique et animal, que l’on retrouve par exemple dans les camouflages et les vibrations infinies des

carapaces d’insectes et des coquilles de mollusques qui y évoluent, nourrit fortement la série. L’IA courbe et déforme la matière photographiée, produisant une image à la fois très proche et très lointaine de l’idée de nature, qui devient presque parabolique. La couture et le matelassage obliquent la matière, en suivant les lignes des motifs imprimés. Les différents processus de transformation du textile créent donc de l’étrangeté, issue de perceptions multiplement interprétées, à la fois par la photographie, la main et l'œil d’humaines et l’IA.

Des scarabées aux nymphéas, l’inspiration et le travail de répétition d’un motif vient amener la question de de la vulnérabilité, et de la « vulnérabilité dans la dispersion » (Seth Price, Dispersion, 2002). Le statut du prototype de la veste, qui est une enveloppe, mais pourrait aussi être une coquille tout autant qu’une carapace, vient protéger ce qui la porte tout autant que charger son apparence de sens. Elle vient créer un espace intermédiaire, entre intériorité et extériorité. L’espace expérimental de la galerie fait écho de par son caractère intérieur, intime et presque domestique, à cette position intermédiaire de la surface, de la peau. Si « la répétition module une sortie de soi » (Deleuze à propos des Nymphéas de Monet), alors le travail propre à cette série en opère une progressive, presque décomposée, protocolée, et qui se déroule en grandes étapes. À la fois « commodité domestique » et « outil conceptuel » (Sarat Maharaj), le matelassage est ici un terrain de jeu visuel et matériel collaboratif et faussement mimétique.

Les échos de cette série avec les projets individuels de Caroline Delieutraz et Victoire Marion-Monéger présentés dans l’exposition sont nombreux ; la sérialité, la répétition, les chiffres, le passage du matériel vers le symbolique et du symbolique vers le matériel les pavent.

Dans sa série de pièces autour des 119 scorpions Pandinus Dictator saisis par la douane française lors de leur transit illégal entre le Cameroun et les États-Unis en 2015, Caroline Delieutraz explore à travers différents médiums - une série de photographies, une sculpture ready made, une vidéo et une scénographie - la circulation matérielle, culturelle et symbolique des animaux en régime capitaliste et postcolonial. La pièce issue de cette série qu’elle présente dans l’exposition travaille a posteriori et sous forme textile un carénage de scooter T-Max, autre objet de consommation diffusé à travers le monde, qu’elle expose au mur de manière frontale et qui évoque une carapace démembrée. Une photographie d’exposition prise par Aurélien Mole a servi d’étape pour opérer cette translation d’une forme à une autre et d’un médium à un autre. Ce passage, de l’objet à l’image, puis au textile, organise une série de déplacements. L’œuvre fonctionne alors comme sa propre surface matelassée, un espace de superpositions et de rebonds où les formes se métamorphosent au gré des flux digitaux, matériels et imaginaires qui les traversent.

Victoire Marion-Monéger présente pour sa part dans l'œuvre Do you consider the eating of oysters to be moral and the eating of snails to be immoral ? un poster regroupant 17 photographies d’un écran en train de jouer le film d’une performance dans laquelle on la voit manger lentement et sensuellement la chair de 12 escargots et leur coquille. Les sous-titres anglais ajoutés aux stills de son film reprennent un dialogue du film Spartacus de Stanley Kubrick (1960). Il resitue l'œuvre dans une perspective critique, en évoquant par le langage les rapports de domination entre un romain décadent et Spartacus, esclave à la tête d’une révolte. L'œuvre devient ainsi un commentaire parabolique sur les rapports de pouvoir présents dans la nourriture, à travers la représentation d’un corps en dévorant d’autres et la hiérarchisation morale factice entre huîtres et escargots. Par écho avec e.x.u.v.i.e.s, la pièce Do you consider the eating of oysters to be moral and the eating of snails to be immoral ? réfléchit à la fonction protectrice de la carapace comme élément biologique tout autant qu’à la fonction symbolique et sociale du goût et du repas, en traversant et en citant plusieurs époques et formes artistiques.

Dans e.x.u.v.i.e.s, le patron de couture à l’origine de la production de plusieurs pièces

devient donc un exosquelette collaboratif, sur lequel se développent et se répètent un ensemble de motifs à la fois inattendus, réitérés et structurants. L’exposition teste l’idée de la distribution comme « circuit de lecture », mais aussi, peut-être, à sa manière, de la production comme « phase d’excrétion d’un processus d’appropriation » (Seth Price, Dispersion, 2002). Les deux artistes le travaillent plutôt à la façon de « mues » qui sont des manières de s’approcher d’une compréhension symbolique du monde par le détour de l’animal, de ses représentations, de ses imitations et de son impossible standardisation dans un monde de mise en circulation globale et permanente. Les œuvres énoncent et créent ainsi un espace d’hybridité nécessaire. Leur agencement propose de recoder nos représentations pour mieux déjouer les logiques de prédation, dans un recommencement chaleureux et réconfortant.

 

Margot Nguyen

 

 

DOSSIER DE PRESSE

 

22,48 m², 43 rue de la Commune de Paris / Komunuma, 93230 ROMAINVILLE, France, +33(0)981917217, contact(at)2248m2.com, du mercredi au samedi, 10h -18h

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