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#48


Bianca Bondi
GRADUALLY, THEN SUDDENLY

exposition personnelle
 
10/01/2018 - 24/02/2018
vernissage mercredi 10/01/2018, 18h
 
texte de Marion Vasseur Raluy






Un dimanche soir de novembre, je suis entrée dans la basilique Notre-Dame-des-Victoires située dans le deuxième arrondissement de Paris. Ce lieu de culte construit au XVIIème siècle est remarquable par son ornementation. Je fus notamment frappée par les ex-voto qui recouvrent la quasi totalité des murs de l’église et plus particulièrement des cœurs en bois accrochés à cinq ou six mètres de hauteur comme de véritables offrandes. Près de l’autel, des fidèles étaient assis et suivaient la messe. Lorsque je suis arrivée à leur niveau, les sœurs se sont mises à chanter. Leurs voix très intenses couvraient le silence de l’église. Je me suis installée sur un banc un peu en retrait. J’ai alors ressenti un état similaire à celui que j’ai connu devant certaines œuvres : une sorte de plénitude. Pour quelques secondes je me sentais là dans mon entièreté. Depuis plusieurs années ces questions de relation de force entre mysticisme et art m’intriguent. J’ai découvert des artistes qui s’intéressaient au même titre que moi à des formes de croyances aussi déviantes que pouvaient apparaître l’art pour certains. Si dans ce cadre, des figures comme Aleister Crowley hante l’imaginaire de tout un chacun, la spiritualité a pris de nombreuses formes dans le travail des artistes contemporains.
C’est le cas chez Bianca Bondi qui présente sa première exposition personnelle à la galerie 22,48 m2. Son travail se teinte d’un certain intérêt pour des formes de religions en relation à ses origines. Artiste née en Afrique du Sud et vivant actuellement en France, ses expérimentations quasi alchimique rappellent parfois les marabouts et les sorcières. Elle utilise notamment le sel qui recouvre des qualités de protection dans de nombreuses croyances. Ce matériau associé à de l’eau et des produits chimiques lui permet de transformer des objets du quotidien qu’elle prélève. Lors de ses mélanges, elle provoque des réactions qui deviennent végétation qu’elle met sous vitrine. Elle compose des écosystèmes, des véritables organismes qui bougent et évoluent avec le temps. Ces vitrines sont des sortes d’épaves d’un temps révolu. C’est aussi une manière pour l’artiste d’entrer en relation avec un certain lâcher prise. Elle travaille la matière comme elle revisiterait une recette de grand-mère, elle fait confiance aux ingrédients. Elle est même ouverte à leur rencontre. Elle tente des mélanges et par le fruit du hasard provoque des apparitions. Chez elles tous les matériaux ont une énergie particulière comme dans la sorcellerie et comme dans la chimie qui vivent et continuent d’évoluer après son intervention.  Ils sont conducteurs de chaleur, ou au contraire, empêchent son passage. De même que le sel, le latex joue un rôle important dans sa pratique. Elle le répand ici sur une partie du sol de la galerie. Il semble encore animé mais en cours de décrépitude et son caractère fétichiste est renforcé par sa brillance. Il signifie une force décroissante au contraire du sel qui permet l’émergence de nouvelles formes. Comme si tout était question d’apparition et de disparition.
Dans ce va et vient entre le sel et le latex se joue une part plus mystérieuse de la relation à l’artiste avec la matière. Tous deux sont là pour recouvrir, protéger et devenir une seconde peau. Ils nous encerclent afin de nous préserver. Les matériaux transmettent leur force qui peut être à la fois spirituelle ou libidinale. Chez les wiccans, une branche de la sorcellerie, il y a une croyance dans le retour à l’état primaire. Gerald Gardner, fondateur de la Wicca moderne, est allé puiser dans des travaux d’anthropologues, comme Mircea Eliade, qui a beaucoup écrit sur l’idée d’une première religion et sur l’histoire de l’origine. Pour l’artiste, les obsessions de début et du chaos prennent sens et forme dans la création plus ou moins maitrisé d’univers. C’est le corps maternel ou plus largement la terre qui donne vie. Bianca Bondi fait des enveloppes sous forme de cercles de sel et de sol en latex pour panser les plaies du commencement.

DOSSIER DE PRESSE



Avec le soutien aux galeries / première exposition du Centre national des arts plastiques

http://www.cnap.fr/

vue d'exposition

vue d'exposition

Here, not here (Psychic), 2017
Tubes en verre, gaz d’Argon, câbles électriques, 78 x 22 cm

Things come undone, dissolve, thaw (mor), 2018
Tubes pmma, cuivre, cristaux de sel, sel, sable, coquillages, latex, soie, 

acier, pierres, cristaux de quartz, 280 x 178 x 180 cm



Things come undone, dissolve (male hud), 2018
Tubes pmma, cuivre, cristaux de sel, latex, acier, savon, pierre, 150 x 102 x 70 cm


Things come undone, dissolve, thaw (tørrhud), 2018
Tubes pmma, cuivre, cristaux de sel, latex, fourrure, savon, 196 x 176 x 70 cm



Bloom, 2018
série




Bloom (Wishbone), 2018
Plexiglas, lavande de mer, lichens, cuivre, laiton, chrome, câble électrique, cristal de quartz rose, 

latex, papier, cristaux de compositions chimiques différentes, sel , 50 x 70 x 12 cm

Bloom (Hauntings), 2018
Plexiglas, pieds de kangourou, lichen, étain, cuivre, fer, cristaux de quartz, papier, allumettes, 

cristaux de compositions chimiques différentes, objets divers, sel, 50 x 70 x 12 cm

Bloom (Tea Reading), 2018
Plexiglas, pieds de kangourou, lichen, coquillages, cuivre, laiton, 

cristaux de compositions chimiques différentes, sel, 50 x 70 x 12 cm
Bloom (Hauntings), 2018
Plexiglas, pieds de kangourou, lichen, étain, cuivre, fer, cristaux de quartz, papier, allumettes, 

cristaux de compositions chimiques différentes, objets divers, sel, 50 x 70 x 12 cm

Bloom (Tea Reading), 2018
Plexiglas, pieds de kangourou, lichen, coquillages, cuivre, laiton, 

cristaux de compositions chimiques différentes, sel, 50 x 70 x 12 cm