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BIANCA BONDI

ŒUVRES | BIOGRAPHIE | NEWS | PRESSE | TEXTES | PORTFOLIO |EXPOSITIONS à 22,48 m² : #43 - #48





Un dimanche soir de novembre, je suis entrée dans la basilique Notre-Dame-des-Victoires
située dans le deuxième arrondissement de Paris. Ce lieu de culte construit au XVIIème siècle
est remarquable par son ornementation. Je fus notamment frappée par les ex-voto qui
recouvrent la quasi totalité des murs de l’église et plus particulièrement des cœurs en bois
accrochés à cinq ou six mètres de hauteur comme de véritables offrandes. Près de l’autel, des
fidèles étaient assis et suivaient la messe. Lorsque je suis arrivée à leur niveau, les sœurs se
sont mises à chanter. Leurs voix très intenses couvraient le silence de l’église. Je me suis
installée sur un banc un peu en retrait. J’ai alors ressenti un état similaire à celui que j’ai
connu devant certaines œuvres : une sorte de plénitude. Pour quelques secondes je me sentais
là dans mon entièreté. Depuis plusieurs années ces questions de relation de force entre
mysticisme et art m’intriguent. J’ai découvert des artistes qui s’intéressaient au même titre
que moi à des formes de croyances aussi déviantes que pouvaient apparaître l’art pour
certains. Si dans ce cadre, des figures comme Aleister Crowley hante l’imaginaire de tout un
chacun, la spiritualité a pris de nombreuses formes dans le travail des artistes contemporains.

C’est le cas chez Bianca Bondi qui présente sa première exposition personnelle à la galerie
22,48m2. Son travail se teinte d’un certain intérêt pour des formes de religions en relation à
ses origines. Artiste née en Afrique du Sud et vivant actuellement en France, ses
expérimentations quasi alchimique rappellent parfois les marabouts et les sorcières. Elle
utilise notamment le sel qui recouvre des qualités de protection dans de nombreuses
croyances. Ce matériau associé à de l’eau et des produits chimiques lui permet de transformer
des objets du quotidien qu’elle prélève. Lors de ses mélanges, elle provoque des réactions qui
deviennent végétation qu’elle met sous vitrine. Elle compose des écosystèmes, des véritables
organismes qui bougent et évoluent avec le temps. Ces vitrines sont des sortes d’épaves d’un
temps révolu. C’est aussi une manière pour l’artiste d’entrer en relation avec un certain lâcher
prise. Elle travaille la matière comme elle revisiterait une recette de grand-mère, elle fait
confiance aux ingrédients. Elle est même ouverte à leur rencontre. Elle tente des mélanges et
par le fruit du hasard provoque des apparitions. Chez elles tous les matériaux ont une énergie
particulière comme dans la sorcellerie et comme dans la chimie qui vivent et continuent
d’évoluer après son intervention. Ils sont conducteurs de chaleur, ou au contraire, empêchent
son passage. De même que le sel, le latex joue un rôle important dans sa pratique. Elle le
répand ici sur une partie du sol de la galerie. Il semble encore animé mais en cours de
décrépitude et son caractère fétichiste est renforcé par sa brillance. Il signifie une force
décroissante au contraire du sel qui permet l’émergence de nouvelles formes. Comme si tout
était question d’apparition et de disparition.

Dans ce va et vient entre le sel et le latex se joue une part plus mystérieuse de la relation à
l’artiste avec la matière. Tous deux sont là pour recouvrir, protéger et devenir une seconde
peau. Ils nous encerclent afin de nous préserver. Les matériaux transmettent leur force qui
peut être à la fois spirituelle ou libidinale. Chez les wiccans, une branche de la sorcellerie, il y
a une croyance dans le retour à l’état primaire. Gerald Gardner, fondateur de la Wicca
moderne, est allé puiser dans des travaux d’anthropologues, comme Mircea Eliade, qui a
beaucoup écrit sur l’idée d’une première religion et sur l’histoire de l’origine. Pour l’artiste,
les obsessions de début et du chaos prennent sens et forme dans la création plus ou moins
maitrisé d’univers. C’est le corps maternel ou plus largement la terre qui donne vie. Bianca
Bondi fait des enveloppes sous forme de cercles de sel et de sol en latex pour panser les plaies
du commencement. 

Marion Vasseur Raluy, Décembre 2017