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LUCIE LE BOUDER

ŒUVRES BIOGRAPHIE | NEWS | PRESSE | TEXTES | PORTFOLIO | EXPOSITIONS à 22,48 m² : #9 - #22 - #27 - #29 - #41


Back Line, par Umut Ungan, Mars 2014

“Ce sont des surfaces, mais à l’origine, il y a le point. Le point géométrique est le commencement de chacune de mes œuvres. Car même s’il est invisible, c’est lui qui donne naissance à la ligne. “ Lucie Le Bouder

Pour sa deuxième exposition personnelle à 22,48 m², l’artiste française Lucie Le Bouder investit l’espace de la galerie avec ses sculptures et une peinture murale in situ qui constituent ses dernières recherches plastiques menées au sein de sa récente résidence à Montréal à la Fonderie Darling, ainsi qu'une série de dessins réalisés au cutter.
Les dessins de Lucie le Bouder semblent avoir pour point de départ la hachure, la base du dessin et de la gravure, et dont la répétition plus ou moins rapprochée ou croisée donne à voir des nuances qui détachent les figures et formes du fond sur lequel ces dernières prennent vie. En incisant par lignes régulières au cutter, l'artiste déplace et inverse le sens de cette technique en altérant le support papier couché sur chrome. Dans sa série Plans, s'ajoute à cette technique une contraction volontaire de l'espace tridimensionnel. L'artiste puise dans les plans architecturaux et superpose les différents niveaux qui composent un bâtiment. Elle déplace ainsi la forme bidimensionnelle initiale vers une autre, en décontextualisant les données architecturales qui deviennent la matière même de l'œuvre qui déjoue ainsi la planéité des surfaces.
Ce détournement du plan est également présent dans wall, peinture murale conçue pour 22,48 m². Sur les murs blancs se dessinent les lignes d'un corps géométrique suivant les points placés et reliés par l'artiste. Des mouvements croisés naissent des fragments qui sont peints selon différentes nuances de blanc, à peine perceptibles. Cela crée un effet de relief à une surface qui a priori se donne comme un simple support, prenant vie avec le regard du spectateur qui se déplace dans l'enceinte de la galerie.
Si l'artiste se soustrait à la planéité, elle cherche également à se soustraire de l'étendue. Ainsi les sculptures Pli en plaques de plâtre, pliées et repliées, sur les quelles elle pose des pans de papier de couleurs variées qui remanient la vue des objets présentés : comme des fragments muraux, elles semblent déjouer leurs épaisseurs, devenant des esquisses en volume.
Entre la peinture, la sculpture, le dessin et l'architecture, dans une logique déshiérarchisée Lucie Le Bouder fabrique ainsi ses œuvres dont le caractère abstrait semble gagner en intensité devant le travail minutieux de l'espace de la représentation. Les travaux de l'artiste française sont marqués autant par l’immédiateté du geste que par la durée : plus que des esquisses ou des recherches en cours, ils constituent une véritable pensée en mouvement pour une forme toujours à venir.


"Back Line", interview par Thomas Fort, Avril 2014, www.paris-art.com

Artiste de la scène émergente française, Lucie Le Bouder développe une recherche autour du volume, qui se façonne paradoxalement à travers une certaine planéité. La plaque de plâtre devient son matériau de prédilection et le cutter son outil fétiche. Pour sa nouvelle exposition à la Galerie 22,48 , elle nous propose un ensemble de dessins lacérés et des modules entre architecture et sculpture.

Thomas Fort : Vos projets relèvent d'une véritable économie de moyens.
Lucie Le Bouder : La plaque de plâtre m'a intéressée parce que c'était un matériau pauvre et très courant. Je poursuis mes recherches sur ce dernier car je sens que je n'ai pas encore exploré toutes les pistes que propose ce médium. Il offre de multiples possibilités en volume ou à plat. 

TF : La plaque de plâtre se retrouve à de multiples occurrences dans votre démarche. Elle dénote un rapport particulier à la cimaise. Pour "Back Line", en ce moment à la Galerie 22,48 , vous présentez des structures qui reprennent ce même matériau. Que représente-t-il pour vous? 
LLB : Cette exposition parle du mur de différentes façons, qu'il soit un élément d'architecture, ou un espace de présentation dans une galerie. J'essaie d'opérer un glissement des murs de la galerie vers le statut d'œuvre, et au contraire de passer de mes sculptures vers les cimaises. J'ai utilisé la plaque de plâtre dès mes études aux Beaux-Arts de Nantes. Je me suis alors rendue compte, lors de mes recherches, puis lors d'une résidence à Tokyo, que les dimensions des plaques, et leurs teintes, variaient selon les pays. J'expérimente ce médium en tant qu'entité propre, simple mais au potentiel vaste. J'extrais ce panneau de son utilisation première, pour le moduler, pour produire autre chose. 

TF : Votre matériau de prédilection semble instaurer une limite floue entre la cimaise et la sculpture. 
LLB : Je mets en place un jeu de contiguïté entre mes structures et leur référent, pour perturber leur lecture. Ici la sculpture est adossée au mur et une bande de couleur vive se reflète sur lui. Il y a un rapprochement et en même temps une frontière infime s'immisce entre la sculpture, son matériau et son étai. Dans Pli #3 (2014), une connexion s'effectue par la couleur reflétée, entre ce fragment, arraché à son usage premier, et son référent. 

TF : Ces structures sont accompagnées, ici, d'une peinture murale, Wall #2 (2014), qui interroge d'une autre manière votre rapport à la cimaise. 
LLB : La peinture murale composée de différentes nuances de blanc vient compléter, ici, un questionnement autour des murs de présentation d'une galerie. J'avais réalisé une première œuvre in-situ, de ce type, à la Fonderie Darling en 2013, à Montréal. Pour la Galerie 22,48 , je donne une nouvelle perspective au mur en cherchant une certaine profondeur, par les formes peintes sur sa surface. Le point de départ de Wall est le livre Espèces d'espaces dans lequel Georges Perec évoque un tableau que l'on oublie autant que le mur qui le supporte au quotidien. Pour moi, il s'agissait d'apposer une peinture directement sur le mur, pour questionner notre vision de ces deux objets. Finalement, oublie-t-on la cimaise ou la peinture face à cette pièce? Elle reste indéterminée dans son approche. On ne la voit presque pas si on l'observe depuis la vitrine, pourtant une fois devant on remarque toutes ses nuances colorées. Douze teintes créées à partir du même blanc ressortent, par contraste quand elles sont placées les unes à côté des autres, alors qu'en pot elles se confondaient. Paradoxalement le mur s'estompe en révélant la peinture, qui elle-même semble s'effacer quand elle est composée de blancs proches de la teinte de la cimaise. 

TF : Au-delà de la cimaise qui s'offre comme étai, aux modules comme Pli #4 (2014), le sol semble essentiel dans le développement de vos sculptures, comme dans le cas de Structures primaires, à Saint-Nazaire, pour la biennale Estuaire 2009. Dans quelle mesure l'envisagez-vous? 
LLB : Structures primaires était conçue comme le déploiement d'un cube sur le coin d'un blockhaus. Même si l'installation restait très plane, en la repliant sur elle-même on recréait le cube. Je n'imagine pas mes modules dans un rapport direct au sol, même s'ils se déploient sur ce dernier. Je pense plutôt en terme de volume. Mes sculptures s'extraient du sol pour se développer dans l'espace. Le sol est à la fois le lieu où repose le mur, mais aussi l'endroit d'où il naît. 

TF : Broken Floor (2009), à Tokyo, semble relever de l'effondrement, d'une chute vers le sol...
Lucie Le Bouder : D'un certain point de vue cette installation constituée de panneaux pliés et imbriqués, disposés dans une salle de classe nippone, ressemble à l'effondrement d'un bâtiment. Le sol l'appelle, et pourtant ce qui m'a intéressée ici, c'est le volume. Plus que d'être dans un rapport unique avec le sol, je dessine et sculpte l'espace et le volume de la pièce. Broken Floor n'est pas un uniquement un effondrement, mais un potentiel de reconstruction pour le spectateur qui déambule à travers le dispositif. Rien n'est figé.

TF : Votre pratique rejoint celle de la sculpture, mais dans une acception étendue du terme. La peinture murale devient presque une manière de creuser les couches de matière qui se superposent sur la cimaise. Les dessins se révèlent par le geste de lacération opéré au cutter sur la surface de papier. 
LLB : Dans les dessins c'est le blanc qui ressort de la surface colorée, parfois brillante du papier. Je révèle sa matière même en lacérant la couche supérieure de la page. Un relief prend forme par la coupure. Celle-ci crée aussi un lien entre les modules en plaques de plâtre et les dessins qui sont eux-mêmes découpés au cutter. Cet outil utilisé pour construire des maquettes en architecture me sert à mettre en volume des formes. A l'encontre de l'essence même du dessin, je n'opère plus par recouvrement mais en taillant la matière même de la feuille de papier. Je dessine une forme par son absence. La ligne blanche crée le dessin. 

TF : Les lacérations révèlent le support et montrent ce qu'il y a derrière les surfaces brillantes. Système P3 (2012), se construit dans cette même optique entre support et surface. 
LLB : Pour ce projet j'ai peint la structure métallique de la paroi, du même vert que les lignes du dessin qui recouvrent sa surface. J'aime l'idée de découvrir l'envers du décor, ce qui se cache derrière l'apparence des choses. Mes dessins au cutter de la série Plan fonctionnent de la même manière. En grattant, on se pose des questions sur la relation entre le devant et le derrière. C'est le décalage entre les deux qui m'intéresse le plus. Cette mise en relation qui n'apporte pas de réponse mais s'ouvre à de multiples projections du spectateur. 

TF : Ces dessins, inscrits par coupures sur le papier, se réfèrent implicitement à des plans architecturaux. Quel rapport entretenez-vous avec l'architecture? 
LLB : Avant de faire les Beaux-Arts j'ai suivi une formation en design d'espace dans laquelle j'ai notamment étudié l'architecture et l'urbanisme. Mon intérêt pour cette pratique est donc élevé. Assez naturellement, je me suis orientée vers des recherches sur l'architecture. C'est souvent grâce à la découverte de nouveaux lieux, à l'architecture, que j'ai développé mes dessins ou mes pièces en volume. Je ne m'intéresse pas forcément à un style, ou un architecte en particulier, je préfère porter un regard global sur une ville par exemple. Je pense à mes voyages à Tokyo, à New York ou Chicago qui m'ont fait connaître de nouveaux matériaux, de nouvelles formes. Je me suis aussi intéressée à la vision que l'on peut avoir de l'urbanisme à travers Google earth©. Le logiciel recompose le territoire par l'association de formes qui dessinent des blocs particuliers. 

TF : Cette recomposition se retrouve aussi dans votre travail. Les différents Plans ici exposés retraitent de manière abstraite des données graphiques architecturales et les recomposent en strates. 
LLB : J'ai fait au départ des recherches de plans, sans m'attarder sur un type de bâtiment ou un style. Je m'intéresse plutôt à la superposition des différents niveaux retransmis par le plan. Les formes s'imbriquent effectivement en strate afin de créer un dialogue par les lignes entre les différents modules géométriques. Il s'agit aussi de créer du volume et d'instaurer une impression de profondeur. Une tension récurrente apparait entre la planéité et le volume dans mon travail. Ici la ligne, tracée au cutter, révèle le blanc du matériau et crée la profondeur. C'est finalement au visiteur de creuser à travers ces petits sillons, ces brèches, qui perturbent la surface des objets exposés.


"Lucie Le Bouder, virtuose de la ligne / master of the line", par Céline Hervé, Avril 2014, www.hop3fully.com

Lucie est multiple et mobile. Son parcours lui est classique, exemplaire et surtout libre. Elle a étudié au Beaux Arts de Nantes, a exposé à Tokyo. Ses recherches l’ont menée jusqu’à Paris où elle a été deux fois commissaire d’exposition. Puis c’est à Londres qu’elle choisit de vivre, avant de s’envoler à nouveau pour faire une autre résidence à Montréal. Aujourd’hui, Lucie est revenue à Paris. Nous avons réussi à l’attraper.
Le travail de Lucie est à son image : aussi léger et timide que brutal et incisif. Tout en paradoxe. Le visuel est doux, le processus méthodique, la technique obsessionnelle, presque violente. Lucie brise et lacère, mais toujours en douceur.
Elle effleure de son cutter un papier couché sur chrome. Sous son geste apparait le blanc du papier. Une ligne, puis une autre ligne. Des centaines de lignes. Plusieurs sens. Plusieurs formes. Plusieurs trames.  Les lignes sont fines et élégantes. Elles se suivent, se croisent, se déchirent. On admire la précision, on devine l’obsession.
D’où viennent ses formes ? Lucie a une méthode. Elle choisit des projets d’architecture, suit des critères bien précis. Elle a ses préférences : bâtiments de plusieurs étages et superposition complexe des différents niveaux.  Elle prend le contour du rez de chaussée. Transpose la forme du plan sur le papier couché sur chrome, remplie cette surface de lignes parallèles. Elle y ajoute le niveau supérieur, rempli sa surface de lignes toujours parallèles, qui partiront, elles, dans une direction différentes. Un autre niveau, fait de ces centaines de lignes, viendra prendre une nouvelle forme. Un motif. Une trame. Puis elle oubliera son point de départ. Le bâtiment n’existe plus. Il n’est désormais que lignes et hachures.
"BACK LINE" présente aussi des sculptures, des plaques de plâtre brisées. On y voit, encore, ces lignes ancrées, qui deviennent des arrêtes, ou des plis, parfois même des couleurs ou des reflets. Lucie sculpte instinctivement. Sans méthode cette fois. Juste pour atteindre une satisfaction visuelle, qu’elle n’explique pas. Il y a aussi une grande peinture murale, faite de lignes translucides, presque invisibles. On y remarque des nuances de blancs entre les lignes. Derrière les lignes.
Lucie nous invite à traverser cette peinture murale. On sort de l’espace public de la galerie. On entre dans les coulisses, plus privées . Dans cet espace, les oeuvres de Lucie investissent chaque recoins. Il y en a partout. Des travaux plus anciens ou ancrés dans la lignée de ceux qui s’expose en vitrine dans la pièce précédente. Tout ceci n’est qu’une confirmation. Les lignes sont partout.
On peut le dire, chez Lucie une forme d’obsession. Mais les lignes, elle ne les subit pas, elle les maîtrise. Elle joue avec ses droites pour nous offrir avec flegme toute la douceur de sa rigueur.


"Lucie Le Bouder", interview par Elisa Fedeli, Juillet 2011

Cette toute jeune artiste présente sa première exposition personnelle à la galerie 22,48m2. Entre art et architecture, son travail privilégie l'in situ pour donner à voir différemment le lieu où il s'inscrit.

Elisa Fedeli : La plaque de plâtre te sert à créer aussi bien des installations que des sculptures autonomes et des peintures. Comment en es-tu arrivée à privilégier ce matériau et pourquoi t'intéresse-t-il? 
Lucie Le Bouder : J'ai d'abord pratiqué la peinture sur châssis, de manière classique, dans des schémas abstraits avec des formes qui se superposent. Ensuite, j'ai décidé de transformer ces formes en sculptures et de travailler directement le matériau. La peinture sur châssis me frustrait. 
La plaque de plâtre est un élément pauvre, que l'on a l'habitude de dissimuler dans l'architecture. Le fait de l'exposer, de le mettre en valeur, lui donne un autre sens. J'essaie de rendre ce matériau fragile alors qu'il ne l'est pas et qu'il est fait pour durer dans le temps. Chaque installation étant éphémère, le matériau sera détruit à la fin de l'exposition. 
Depuis deux ans, j'expérimente les plaques de plâtre pour leurs qualités de surface. Je les casse et je les mets en volume. Ma première installation en plaques de plâtre réalisée à Tokyo était conçue à partir de plaques laissées brutes, non peintes. Ensuite, j'ai essayé de les mettre en volume différemment en jouant sur leurs deux faces et sur la couleur. La couleur me sert à souligner certaines limites et à faire apparaître du relief.

EF : Tes installations sont souvent conçues et réalisées in situ. Parle-nous de celle que tu as conçue pour la galerie 22,48  et de sa relation particulière à l'espace. 
LLB : D'habitude, la plaque de plâtre est utilisée pour les murs; je construis ici un sol. J'ai voulu jouer sur le nom de la galerie (22,48 ) en travaillant à partir d'une surface de plaques de plâtre ayant exactement cette superficie. Puis, je les ai peintes en gris, de la même couleur que le sol, pour qu'elles s'y dissimulent. En les cassant et les mettant en volume grâce à des rails métalliques, je donne l'impression que la surface au sol s'éclate sous les pas du visiteur. 
Je cherche à figer une architecture accidentée, brisée. C'est paradoxalement un chaos organisé ou, pour ainsi dire, une construction déconstruite. Telle une matière vivante, le matériau semble se débattre dans le lieu, comme s'il allait s'enfuir. On peut se dire aussi que c'est le plafond qui est tombé. Chacun peut choisir ce qu'il veut croire ou voir. J'essaie de jouer avec des choses standards, comme les normes architecturales, de les transformer pour que le spectateur soit perturbé. 
Dans une installation plus ancienne constituée d'un bloc en polystyrène, j'ai réduit la norme de passage par deux (de 90 à 45 cm). Du coup, pour entrer dans le bloc, le visiteur était obligé de se frotter contre ce matériau très désagréable et de prendre conscience de sa gêne physique. J'aime jouer avec l'espace, en montrer les imperfections et les contraintes.

EF : Tu pratiques également le dessin. Tes compositions mettent en valeur une ou plusieurs formes géométriques de couleur vive. Quelle relations entretiennent tes dessins et tes installations?
LLB : Je dessine des formes au hasard, de manière instinctive. Certaines formes de mes installations m'inspirent pour les dessins, qui sont un travail autour du fragment et du trait.
Ce qui m'intéresse, c'est l'expérimentation du papier en tant que matériau. Je fais de nombreux essais, avec des papiers très différents, afin de voir toutes les façons dont il peut se dégrader, se déchirer, se laisser traverser par la couleur. Je m'impose toujours une certaine sagesse car, finalement, cela pourrait être beaucoup plus «trash» et agressif. 

EF : Quels sont les différents papiers avec lesquels tu travailles et les effets que tu recherches? 
LLB : Je travaille beaucoup sur papier millimétré pour mes croquis de recherche. J'ai récemment souhaité utiliser ce type de papier pour des dessins plus travaillés et finis. La surface des fragments dessinés n'est faite que de traits et j'essaie de voir comment se forment de manière aléatoire les pleins et les vides. 
Une autre série est dessinée sur un papier «couché sur chrome», précieux, lisse et brillant. Comme dans les sculptures, je ne sais jamais comment il va se dégrader et se casser, les différents traits enlevant la couche différemment. Le dessin n'est jamais parfait car il est fait à la main: les traits n'ont pas le même écart; ils se chevauchent ou déchirent le papier. Je joue beaucoup avec l'aléatoire du matériau.
Enfin, une dernière série est faite sur du papier «Layout» avec des feutres TRIA, ceux qu'on utilise généralement en architecture et en design pour dessiner des perspectives. Je veux exposer non seulement les rectos, mais aussi les versos, pour montrer les erreurs, les bavures, les superpositions, les fragments qui s'ajoutent les uns aux autres. 

EF : Tu as suivi, avant les Beaux-Arts, une formation en design d'espace. Qu'est-ce que ce terme recouvre et en quoi a-t-il pu inspirer ta pratique actuelle?
LLB : Le design d'espace englobe la scénographie, l'urbanisme et l'architecture. Quand je suis arrivée aux Beaux-Arts, après un BTS en design d'espace, j'ai pu garder ce côté architecture qui m'intéresse, tout en reprenant le matériel classique de l'architecte — les feutres TRIA, les cutters, les maquettes — pour essayer de dire autre chose. Un cutter par exemple sert à couper, et non pas à dessiner comme je le fais.