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#10

Clémence Renaud - Productions parallèles (installation vidéo et sonore, 2011)
Elizaveta Konovalova - Clémence Renaud
CAIRNS

exposition du 10 septembre au 8 octobre 2011
vernissage le vendredi 9 septembre 2011 à partir de 18h
ouvert du mercredi au samedi de 14h à19h
commissaire : Sarah Mercadante


Les cairns sont érigés par l’homme et pour l’homme afin d’indiquer un lieu dont l’importance peut être de l’ordre de la commémoration, de l’orientation ou bien pour marquer une victoire. Ils sont faits de bois, de pierre et de ce qui se trouve à proximité et sont les témoignages d’un artifice humain qui se fond en pleine nature. La caractéristique commune des cairns reste leur usage comme point de repère.
L’exposition se prête comme expérience à l’hypothèse suivante : des objets du monde sensible peuvent, à travers l’utilisation qui en est faite par les artistes, se transformer en points de repère, en cairns.
Ainsi « Cairns », à travers deux installations de Clémence Renaud et Elizaveta Konovalova, propose un déplacement de la fonction habituelle de la galerie d’art contemporain en y introduisant des œuvres qui cherchent à mettre à distance le lieu d’exposition en tant que tel.
Productions parallèles, l’œuvre de Clémence Renaud, questionne la relation au lieu et à l'espace d'exposition en proposant une installation vidéo et sonore où le paysage extérieur d'une forêt et l'intérieur de la galerie peuvent se rencontrer. Productions parallèles propose au spectateur un dispositif dont le point de repère est un haut-parleur installé dans le mur. L’image apparaît, un son s’en échappe. Le haut-parleur, d’abord seul au mur, se transforme en socle par la projection, des sanglots se font entendre, puis tout s’estompe. L’œuvre crée une temporalité, faite d’apparition et de disparition, qui orchestre le temps de l’exposition.
Fidèle aux socles en bois peints en blanc qu’elle crée habituellement, Clémence Renaud a choisi pour sa pièce Productions parallèles de les confronter à leur milieu d'origine : la forêt de pins d’où provient leur bois.
On retrouve dans l’ensemble de son travail des socles, cadres ou micros qui semblent s'adresser à nous et véhiculent souvent une incertitude : ces objets généralement utilisés comme supports à la diffusion sont détournés au service d'un seul et même événement, celui de l'exposition.
Au sein du même espace, l’œuvre d’Elizaveta Konovalova, Reaching for the moon, est disposée sur le sol pour inviter le visiteur à être attentif au moindre de ses pas.
Le spectateur évolue dans un espace, intuitivement guidé par la nature de sa marche. Reaching for the moon modifie cette marche. Le spectateur y confronte sa première intuition et constate l’inconcevabilité de la marche suggérée par l’œuvre : l’usure des talons va à l’encontre de la force de gravité, leur poids reposant sur la partie taillée du talon.
Reaching for the moon part de l’expérience sensible et réelle du spectateur, la détourne et crée un nouveau mode de repère : la rencontre entre la trace laissée par l’autre - l’artiste - et le souvenir des pas qui l’ont orienté jusqu’à l’œuvre.
Reaching for the moon, par son équilibre impossible, et Productions parallèles, riche de déplacements tendent à abolir la différence entre l’extérieur et l’intérieur de la galerie.
Le public, confronté à deux situations improbables, trouvera avec « Cairns » un motif à spéculer sur une nouvelle lecture des œuvres, sur sa place de spectateur et plus encore sur l‘exposition et son lieu.
Sarah Mercadante