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#2

2 - 23 décembre 2010

Sang-Sobi Homme
synesthésie
exposition
commissaire Bo-kyoung Lee
directeur Rosario Caltabiano


vernissage le 2 décembre 2010 19h-22h
ouvert : mar - sam 15h - 19h30




Pour le deuxième événement de 22,48 m², nous accueillons un artiste coréen, Sang-Sobi HOMME, qui tente de transformer ce lieu de monstration en un espace inter-sensations avec l’installation, Synesthésie. Elle se compose de framboises écrasées et empalées sur le mur, piquées d’aiguilles comme des banderilles. Chacune de ces 99 taches framboisées capte invinciblement la sensation du spectateur, comme une cible. L’artiste nous permet de participer à la métamorphose de cet espace par un affolement des sens, au travers de son délicieux/douloureux dispositif, qui éveille en notre mémoire une troublante ambivalence. 


Sang-Sobi HOMME, commençant la réalisation de son projet, a voulu d’abord retrouver l’état primitif de 22,48 m². Démonter le mur qui cachait les deux portes et servait à accrocher un maximum de cadres, poncer et repeindre avec un soin et une attention quasi religieux, comme pour en effacer la mémoire du précédent événement. 

D’où l’impression que cet effacement amenait à un pur dévoilement de l’espace lui-même, ramené à son origine. Cet acte de préparation, d’habitude presque banal, en apparaissait bizarrement comme sacré, comme celui d’un sacrificateur préparant le lieu d’une cérémonie.
Finalement, dans le 22,48 m² ainsi « primitivisé », l’artiste a instauré trois zones d’installation : tout d’abord une sorte de bande, constituée de 97 petits écrasements de framboises, puis un autre de la taille d’un œuf, et enfin une dernière zone, les toilettes. Ceci dans l’intention d’utiliser l’espace à la fois intensivement et extensivement, jouant sur le physique et sur les sensations.


Au niveau de la première zone, l’artiste a comme projeté horizontalement sur le mur ses framboises, à une hauteur judicieuse qui rend difficile de positionner le regard face à la pointe de l’aiguille. 97 « caillots » de framboises sont ainsi fixés par une aiguille plantée à l’envers. De chacun coule du jus, comme une coulée de sang qui témoignerait du contact cruel et sensuel, ourdi par l’artiste, de la pointe acérée avec la peau veloutée, fragile et délicieuse. La puissance de l’image évoquée est telle que l’on croit entendre le hurlement de douleur du petit être. On peut aussi y voir les crachements de sang d’une longue agonie, coagulés en une sorte d’enregistrement de la fin atroce d’un corps disparu. Ou bien, plus légèrement, un défilé de fleurs psalmodiant, l’éclosion d’un cortège de boutons, entonnant un chant de louanges, après avoir été gravé sur le mur.

Face à cette scène, au milieu du mur lui faisant face, l’artiste a accroché la masse de chair sanguinolente de framboises empalées par une énorme aiguille, que le spectateur doit regarder en levant les yeux. Mais pour ce faire, son corps doit fournir un effort, reculer tout en prenant garde aux autres pointes, dardées derrière lui. Satisfaire la curiosité du regard n’est pas aisé. Le jus poisseux coule le long du mur et de l’armoire jusqu’au sol, divisant les parois en deux. Cette localisation, au centre et en hauteur, crée chez le spectateur l’impression d’être dominé. Finalement, coincé entre ces deux installations qui le repoussent et l’attirent à la fois, le fascinant douloureusement, le corps du spectateur, comme transpercé par l’aiguille, se fige, tandis que son cœur se glace.



Lorsque nous regardons l’espace depuis l’extérieur de la galerie, au travers de la vitrine, l’ensemble de la scène nous évoque d’étranges sensations. La couleur des petites victimes sacrificielles devient quasi violette au fil du temps, et tandis que leurs petits corps se fanent, l’oubli vient. Il ne sera pas facile de deviner quelle a bien pu être la nature du culte qui a exigé pareille offrande. Quelque chose subsiste, pâlissant à jamais, comme ces embryons monstrueux conservés dans un flacon de formol. C’est la violence de cette seule vision qui suscite en nous une odeur, et comme l’impression d’être percé au cœur, papillon d’une collection d’entomologiste. Glacé, le spectateur paralysé se retrouve finalement devenu lui aussi cette chose informe prisonnière du formol du 22,48 m².

La framboise, jadis délicieuse bouchée, devient cette tentatrice inquiétante qui vous invite aujourd’hui à goûter, à vos risques et périls, l’espace sacralisé, à sa façon, par Sang-Sobi HOMME.  (LEE, Bo-kyoung)

Né à Séoul Corée du Sud en 1968, Sang-Sobi Homme vit et travaille à Paris. Actuellement doctorant en Arts et Sciences de l’Art à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, a effectué des recherches autour de la sculpture sur bois à l’Université Nationale des Beaux-Arts de Tokyo.