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#37

Jonhathan Monaghan, Mothership, 2013, animation HD, 15 minutes. 
Musique d'Evan Samek. Courtesy Bitforms Gallery, NY.


28/01/2016 – 19/03/2016
vernissage Jeudi 28/01/2016, 18h

Sang-Sobi Homme, Jonathan Monaghan, Géraud Soulhiol
SUSPENDED


Commissaire Rosario Caltabiano

Textes Stephanie Vidal



L’exposition SUSPENDED pourrait s’apparenter à la cartographie d’un archipel dont les îles se seraient rapprochées par affinités. En rassemblant des œuvres explorant chacune des média très distincts - à savoir le dessin, la sculpture et la vidéo - elle ne fait que raffermir les liens qui les unissent. En ligne, ou en bloc, les narrations qu’elles développent trouvent leurs vibrations intrinsèques augmentées dans une configuration qui cherche plus la mise en dialogue que le diapason.
Les trois artistes en présence - le coréen épris de culture japonaise Sang-Sobi Homme, l’américain Jonathan Monaghan et le français Géraud Soulhiol - ont en commun de forger des mondes miniatures et lointains, vidés de la présence des hommes, et de les déployer dans une logique sérielle.
Également insulaires et précieuses, suspendues entre l’utopie et les éléments du réel, leurs œuvres patientes s’emparent des choses du monde pour en bâtir des nouveaux. Leur étrangeté s’avère nécessaire pour que nous puissions envisager le quotidien sous un autre regard et c’est ainsi qu’en concevant l’étonnement, ces œuvres appellent à un moment d’arrêt, de pause, de contemplation, de suspension...
Composites et synecdochiques, ces univers clos sont des propositions d’ailleurs d’où l’on peut penser le monde qui nous enveloppe et nous déborde. Ils opèrent comme l'aposiopèse qui amplifie totalement le discours en l’interrompant, comme le sonnet qui compte rigoureusement ses pieds pour mettre en branle l’intégralité du langage, comme l’étoile qui rend brillant notre soif d’infini ou le continent dans lequel réside l’entière promesse de l’île et inversement.
Funambules, les dessins architecturaux de Géraud Soulhiol re-tissent les fils du temps selon leurs propres motifs. Rendant latitudes et longitudes obsolètes, c’est la ligne d’horizon et la profondeur de champ qui deviennent les repères d’une dimension inédite modifiant nos perceptions.
Avec ses sculptures, Sang-Sobi Homme enjoint à dépasser le stade de la perception première pour s’engager dans la voie du sensuel et du spirituel. En s'emparant des modes et des méthodes de la tradition japonaise, il façonne des îlots, évoquant les jardins zen, offerts à l’engageant exercice de la contemplation.
Et dans une bagarre sans heurt, les courbes à l’érotisme épuré de Sang-Sobi Homme entrent en tension avec l’esthétique baroque et viscérale teintant toute la production de Jonathan Monaghan. Par l’incongruité et la bigarrure, il émet une critique mordante de la société de consommation et de ses futurs non-souhaitables.

Stephanie Vidal